Far niente
Quant à son temps bien le sut disposer:
Deux parts en fit dont il souloit passer
L'une à dormir et l'autre à ne rien faire.
Jean de la Fontaine.
Quand je n'ai rien à faire, et qu'à peine un nuage
Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
J'aime à m'écouter vivre, et libre de soucis,
Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
Au bord des bois touffus où la chaleur s'émousse;
Là, pour tuer le temps, j'observe la fourmi
Qui, pensant au retour de l'hiver ennemi,
Pour son grenier dérobe un grain d'orge à la gerbe,
Le puceron qui grimpe et se pend au brin d'herbe,
La chenille traînant ses anneaux veloutés,
La limace baveuse aux sillons argentés,
Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
Ensuite je regarde, amusement frivole,
La lumière brisant dans chacun de mes cils,
Palissade opposée à ses rayons subtils,
Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
En l'air, comme sur l'onde un vaisseau sans pilote;
Et lorsque je suis las je me laisse endormir
Au murmure de l'eau qu'un caillou fait gémir,
Ou j'écoute chanter près de moi la fauvette,
Et là-haut dans l'azur gazouiller l'alouette.
(1830-1832)
*
Far niente
En cuanto a su tiempo bien han aprendido:
dos partes que encajaban a las que solía ir
la una a dormir y la otra a no hacer nada.
Jean de la Fontaine
Cuando no tengo nada que hacer, y apenas hay una nube
en los campos azules del cielo, de lana, nadar,
me gusta escucharme vivir, y libre de preocupaciones,
lejos de los caminos polvorientos, permanecer sentado
sobre una suave alfombra de helechos y de musgos,
en el borde de espesos bosques dónde el calor embota;
allí, para matar el tiempo, observo la hormiga
la cual, pensando en el retorno del invierno enemigo,
por su ático roba un grano de cebada a la gavilla,
los pulgones que escalan y se cuelgan de una brizna de hierba
la oruga arrastrando sus anillos aterciopelados,
la oruga arrastrando sus anillos aterciopelados,
la babosa babeante de surcos plateados,
y la fresca mariposa que de flor en flor vuela.
Entonces yo miro, diversión frívola,
la ruptura de luz en cada una de mis pestañas,
empalizada opuesta a sus rayos sutiles,
los siete colores del prisma, o la pelusa flotante
en el aire, como en la ola un buque sin piloto;
y cuando estoy cansado me dejo adormecer
el murmullo del agua un guijarro hace gemir,
o escucho cantar cerca de mí a la curruca,
y allá en el azul pía la alondra.
(1830-1832)
Théophile Gautier
Traducción: Nacho Millet